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Retranché à la base militaire de Bangui M’Poko pour négocier la paix, Abdoulaye Issène se confie

Abdoulaye Issène le chef du mouvement armé de la Convention des patriotes pour la justice et la paix © Hippolyte Donossio

Trois semaines après son arrivée à Bangui dans le cadre de négociation de paix avec le gouvernement, Abdoulaye Issène le chef du mouvement armé de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) m’a donné une interview exclusive. De l’origine de sa rébellion, aux actions de ses éléments sur le terrain, en passant par la composition de son mouvement, l’affaire Massi, la rivalité entre la CPJP et l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), l’avenir de la CPJP après le désarmement… « je ne me suis jamais confié ainsi à un journaliste », comme dit-il.

Ce mardi 17 juillet 2012, rendez vous est pris par téléphone avec Abdoulaye Issène. A 9h30mn, je suis arrivé à la base militaire de Bangui M’Poko. Là je me suis présenté aux éléments de la force multinationale de la FOMUC qui garde l’entrée de cette importante base militaire, qui se trouve dans une annexe de l’aéroport international de Bangui M’Poko. Encore un autre coup de fil, Issène d’une voix accueillante réponds « Oui mon cher ami, j’envoie une personne tout de suite te chercher ».

L’entrée de la base, il faut le dire, est gardée à double tour par des hommes lourdement armés. « Votre Pièce ! Ok, votre numéro de visiteur est le ###, si vous l’oubliez, vous n’aurez plus droit à votre pièce », me lance ce ‘’Chef de Poste’’. Une fois à l’intérieur, mon guide me dit, « le Général a dit qu’il veut seulement vous accueillir dans sa chambre, donc on y va directement ».

A l’intérieur de la chambre, une pièce de 5 mètres sur 7, le gars, castard, long de presque 2 m, cheveux tressés en natte vers l’arrière, d’aspect vif, visage souriant m’accueille, avec un « Bonjour mon frère, sois le bienvenu, comment tu vas, le travail ainsi que la famille ? », puis il me propose : « Du Coca ? », je l’ai répondu par non et je lui propose juste de l’eau plate.

Abdoulye Issène Ramadane et le début de la CPJP

Abdoulye Issène Ramadane que la majorité des centrafricains ne connaissent le nom qu’après les premières attaques de son mouvement armé en 2008 dans le nord-est, a avoué avoir fait toutes ses études de en République centrafricaine. Il n’a cependant pas donné son plus haut diplôme mais se dit scandaliser par « ce que faisait et est encore entrain de faire le politique centrafricain ». « Allez au bord de la route, regardez comment les jeunes souffrent, ils ne trouvent pas de travail, ils sont écartés du jeu politique, alors que les autorités se vantent pour dire que  les jeunes sont associés dans la gestion de la chose publique », dit-il d’entrée de jeu.

Visiblement consterné, Abdoulye Issène donne l’exemple du ministre du Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) Xavier Sylvestre Yangongo, qui, selon lui, « m’a raconté pendant une réunion qu’il a été ministre sept fois consécutifs, et qu’il en est fier. Je lui ai demandé si vraiment c’est lui seul dans le pays, mais il m’a répondu d’un air méprisant que c’est parce qu’il est compétant ». Le chef de la CPJP m’offre l’occasion de d’apprécier moi même. Pour lui, de telles situations méritent d’être « dénoncées avec toute l’énergie et tous les moyens dont on dispose ».

Le début de la rébellion

Abdoulye Issène n’a pas voulu trop longuement s’atteler sur les en dessous du démarrage de sa rébellion. Mais il affirme juste que « je savais que le risque que j’avais voulu prendre était énorme, mais j’étais animé par l’esprit de sortir ma jeunesse de la pauvreté, et non seulement de me battre pour mon ethnie comme plusieurs opinions sont encore entrain de le percevoir ainsi ».

A ma question de savoir qui finance sa rébellion et qui est son mentor, Issène, souriant me répond en s’exclamant « C’est la jeunesse ! », avant d’ajouter que « s’il y a quelqu’un dans l’ombre qui me soutient, c’est toujours cette jeunesse désœuvrée, marginalisée et écartée du processus de développement de la Centrafrique, notre mère patrie ».

J’ai profité de cette occasion, pour lui poser la question sur l’apport du disparu Charles Massi à ce groupe armé à l’époque. Abboulye Issène hésitant, voulant se mettre en colère, puis temporise et me répond « la question Massi fait parti de nos conditions pour signer l’accord de paix, c’est même l’une des plus importantes conditions que nous avons fixé au gouvernement. Mais pour l’instant, je ne veux pas trop parler de ce grand homme ».

« Nous ne menons que des attaques ciblées et nous ne touchons que des cibles précises »

Abboulye Issène fait l’économie des mots sur l’appellation de son mouvement. Il préfère dire que la CPJP n’est pas une rébellion, mais plutôt « une révolution des jeunes qui ont marre de la gestion actuelle de la République centrafricaine. La CPJP n’est donc pas une rébellion, mais plutôt une révolution », dit-il avec un regard serein.

J’ai insisté en citant plusieurs attaques de ce mouvement dont des pertes en vies humaines ont été déplorées, m      ais ce chef de « révolutionnaires » obstiné, me répond que « nous ne menons que des attaques ciblés et nous ne touchons que des cibles précises, mais n’empêche qu’il y ait des dommages collatéraux, mais la plupart des victimes ne sont que ceux qui s’entêtent à exécuter les ordres des combattants », avant de reconnaitre qu’ « il y a aussi des brebis-galeuses parmi les éléments qui commettent des actions isolées, mais ceux-ci ont été systématiquement sanctionnés. La CPJP n’est pas un mouvement d’impunité ».

Sur la question de la rivalité entre le mouvement de la CPJP et celui de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), une autre rébellion qui opère dans la même zone que le CPJP, Issène refuse carrément de se prononcer sur le sujet. Il me dit juste que « je sais que les médias avaient beaucoup contribué à faire empirer la situation. Pour l’instant, c’est du passé, ce sont nos frères, nous nous sommes déjà réconciliés et je pense que nous allons marcher ensemble pour la construction de notre pays ».

Et si la CPJP désarme…

A ma question de savoir que sera l’avenir de la CPJP après le désarmement de ses éléments, Issène brondit le procès verbal de la mise en place de son mouvement, daté du 24 février 2010 au village d’Akousroubak, et ajoute : « parcourez ce document et voyez comment la CPJP est bien structurée. Nous avons un bureau politique et une branche armée. S’il arrive que l’aile armée désarme, nous allons avec le bureau politique mettre en place un parti politique. Nous voulons aussi participer aux élections démocratiques pour animer la vie politique de notre pays ».

Le chef de la CPJP ne s’arrête pas là. Pour lui, la devise de la République centrafricaine (Unité – dignité – Travail) doit être revue. « Je propose que la devise devienne Unité – Travail – Dignité », dit-il. Il justifie sa position en ces termes : « nous devrons être unis pour travailler, et c’est le travail qui va nous rendre digne, et non l’inverse ».

Pour ce qui concerne les plaintes de la population des zones sous contrôle des éléments de la CPJP, qui sont cités pour des cas d’assassinats, d’extorsions et autres cas de piétinements des Droits de l’Homme, celui qui se fait appelé Chef de révolution se dit « désolé de tout ce qui était arrivé, mais nous tenons à ce qu’ils ne se reproduisent plus jamais, car nous sommes déjà sur la voix de la paix et cette paix va revenir définitivement dans notre pays ».

Pour finir notre conversation, Abdoulaye hausse le ton pour « prévenir ceux qui disent que je suis de connivence avec le Président Bozizé et que je ne suis pas digne de négocier la paix avec le pouvoir de Bangui. J’ai les documents qui le prouve (il brondit à nouveau le procès verbal de la mise en place du bureau de la CPJP). Que ces fantômes sortent de leur cachette et présentent aussi leur document ! », avant de conclure que « ce n’est pas Issène, la CPJP ou Bozizé qu’ils sont entrain de salir et de défier mais c’est plutôt la Centrafrique, et le peuple centrafricain. Il y a un temps pour faire la guerre et il y a aussi un temps pour faire la paix ».

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