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La RCA, vers un pays hostile au métier du journaliste ?

Les deux dernières années ont été les plus mouvementées des ères du pouvoir de président Bozizé, concernant les hommes de médias de Centrafrique. Les journalistes ont été régulièrement pris pour cibles devant la justice, par les membres du gouvernement, où des personnalités du régime du général d’armée François Bozizé Yangouvonda. Les derniers cas en date sont ceux des directeurs de publication des journaux Le Démocrate, Ferdinand Samba, et de La Plume, Patrick Agoundou, poursuivis par le ministre d’Etat aux finances Sylvain Ndoutingaï, pour 3 chefs d’accusation.
Ces faits quasi fréquents ces derniers temps poussent à réfléchir que la Centrafrique n’est-elle pas entrain de devenir un pays dangereux pour l’exercice de la profession du journaliste ?
Certes, la Centrafrique peut gagner des points parce que depuis son indépendance, aucun journaliste n’a été assassiné sur son sol. Mais les journalistes ont été régulièrement pris pour cible par les teneurs des régimes qui se sont succédé à la tête de ce pays, du régime de Bokassa à celui de Bozizé aujourd’hui. Menaces de mort, prison, passage à tabac et en prison…
En ce moment, deux journalistes sont dans le collimateur de la justice centrafricaine. L’un Ferdinand Samba purge en ce moment dix mois d’emprisonnement ferme assorti d’une amende de 1 million de FCFA à payer à l’Etat centrafricain et 10 millions de dommage et intérêt à son accusé Sylvain Ndoutingaï. L’autre, Patrick Agoundou jugé par contumace (considéré comme en fuite par la justice centrafricaine), écope d’un an d’emprisonnement ferme, et se voit délivrer un mandat d’arrêt international.
Depuis l’Etat généraux des médias de 2004 et la Loi de 2005 relative à la liberté de presse, le régime de Bangui fait un semblant du respect du journaliste et de son métier. Mais l’attitude que présentent ces derniers temps les hommes forts de Bangui montre leur volonté à ne plus laisser exercer librement les hommes de médias centrafricains. Une situation qui a poussé l’ONG Reporter Sans Frontière à qualifier la justice centrafricaine d’instrument au « service des puissants ». Visiblement, il n’y a qu’une parodie de justice dans ce pays.
En 6 mois, plus de 4 affaires opposent soit les membres du gouvernement, soit les proches du régime de Bangui à certains journalistes centrafricains. Autrement dit, 1,5 affaires chaque deux mois ! « Si les teneurs de régime de Bangui pensent qu’en nous influençons qu’on va baisser nos plumes, je pense qu’ils se trompent », avait affirmé le 11 juillet 2011, Faustin Bambou, directeur de publication du journal Les collines de l’Oubangui, après son acquittement et son confrère de Médias+ Emmanuel Cyrus Sandy, après une affaire qui les a opposé avec le ministre délégué à la défense nationale Jean Francis Bozizé.
Les chefs d’accusation qui reviennent sont presque toujours les mêmes : Diffamation par voie de presse, propos injurieux et incitation à la haine. Mais si on voit de prêt, les articles porteurs de malheur de ces journalistes ont été écrits pour la plus part, pour dénoncer les malversations dont feraient ces personnalités.
Le délit de presse n’est pas encore certes dépénalisé en Centrafrique, mais l’ordonnance de 2005 prévoit des mesures à prendre quand un journaliste commet un délit. Dans les cas Samba et Agoundou, beaucoup d’observateurs pensent que la procédure n’a été respectée.
En envoyant trop souvent les journalistes devant la justice, le pouvoir de Bangui est entrain d’envoyer de mauvais signal en face du monde et de ses partenaires. Alors, le président Bozizé et sa famille politique doit se méfier de toujours continuer à envoyer les hommes de médias devant la barre. Le simple fait qu’une personnalité se plaint continuellement contre un journaliste, montre que celle-ci est inquiète de ses actes. Si elle ne sent pas coupable et qu’elle a bien géré la chose publique, pourquoi alors s’inquiéter d’un pauvre chien qui aboie ?
Avec de tels agissements, les professionnels de médias et de la communication de Centrafrique ne doivent pas espérer vite quant à la dépénalisation des délits de presse. La route est encore longue et la lutte qui a été enclenchée lors des états généraux de 2004 doit être poursuivie.
Malheureusement, les journalistes centrafricains ne sont pas unis pour revendiquer cette noble cause et arriver à une bonne issue. Pour preuve le groupement des éditeurs de la presse privée indépendante de Centrafrique est divisé depuis presqu’un an et la crise continue toujours. Une division qui profite au pouvoir Bangui qui continue et continuera, on l’espère, à mater le secteur médias de Centrafrique.

  1. Ndemba Na Koulou
    5 février 2012 à 15 h 48 min

    Merci pour cet article. J’aimerai juste relever 2 choses: en 1996 Rigobert Bogbata Yangadia a ete pris a partie, battu et est decede des suites des coups recus. Ensuite j’aimerai affirmer que l’ordonnance de 2005 modifiant la precedente loi votee sous le regime Patasse a depenalise plusieurs delits de presse y compris la diffamation. Le problème qui se pose c’est l’application de ces dispositions nouvelles par nos magistrats qui generalement preferent appliquer les dispositions de l’ancien code penal.
    Voici ce que j’ai voulu relever.
    Patriotiquement.

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